Une boussole, mais pour aller où ?

Publié le par Christophe Saint-Placide

Sur Le Forum catholique, Ennemond signale le texte publié sur DICI sous le titre « La boussole et l’aimant ». On a toujours intérêt à porter beaucoup d’attention aux propos d’Ennemond dont la proximité avec la Fraternité Saint-Pie X est bien connue. Quand il met en avant un propos, un texte, venant des milieux de la Fraternité Saint-Pie X, Ennemond ne le fait pas au hasard.

Le texte « La boussole et l’aimant » nous livre d’abord une information : « Fin août, plusieurs ecclésiastiques, anciens étudiants du professeur Ratzinger, se réuniront à Castel Gandolfo pour se pencher sur l’herméneutique de Vatican II, c’est-à-dire sur l’interprétation qu’on doit donner des textes de ce concile. » À vrai dire, cette réunion dépasse le cadre ecclésial car quelques laïcs participent également à cette rencontre. L’herméneutique de Vatican II est au cœur du pontificat de Benoît XVI qui tente toujours de trouver une via media entre la vision progressiste et la vision traditionaliste. Cette via media est un exercice d’équilibriste, particulièrement difficile et épuisant, mais qui ne repose pas seulement sur la volonté de sauver Vatican II. Chez Benoît XVI, il y a aussi la volonté de sauver un élément traditionnel de la vision catholique, la continuité doctrinale, élément contre lequel butte la lettre et l’esprit de Vatican II. On sait aussi qu'après avoir tenté une autre via media, le futur cardinal Newman entra dans l'Église catholique…

Dans le texte publié par DICI, l’annonce d’une réunion autour du Pape d’une réunion consacrée à Vatican II est aussitôt suivie par ce paragraphe : « En mars dernier, les conférences de carême à Notre-Dame de Paris, présentaient Vatican II comme “une boussole pour notre temps” ». C’est au fond la phrase la plus importante de ce texte. Elle sert de moyen terme à l’argumentation, permettant de conduire le lecteur, sous une apparence de continuité logique, vers la suite.

La suite ? Elle est simple : « D’où cette question naïve : peut-on interpréter la direction qu’indique une boussole ? Si elle montre le nord comme toute bonne boussole sait le faire, de quel commentaire a-t-elle besoin ? Elle livre une information précise qui doit faire taire toute discussion : voici le nord et tout le reste est superflu ! D’où cette autre interrogation ingénue : pourquoi depuis près de 50 ans, le Concile Vatican II est-il l’objet de tant de lectures et relectures divergentes voire contradictoires ? On parle de discontinuité et de rupture, de renouvellement dans la continuité et de continuité dans le changement… Les opinions s’affrontent et les esprits paraissent déboussolés ! ».

La conclusion d’une telle approche est évidente: « point besoin d’herméneutique, saint Paul suffit qui disait sans détours : « Ne vous conformez pas au monde présent » (Rm. 12,2) ».

Il ne s’agit pas ici de nier la réelle difficulté que pose Vatican II, sujet effectivement de tant d’interprétations contradictoires que le Concile lui-même finit par disparaître.

La question est plus simple : à quoi sert un tel texte ? Pourquoi est-il publié, jouant brillamment d’une image (la boussole et l’aimant) sur un sujet important ? Pourquoi l’identification logique entre le pape (et sa réunion) et les conférences de carême de Paris que l’on doit au cardinal Vingt-Trois qui n’est pas que l’on sache le… Pontife Romain ? Pour être brillant ? Pour pouvoir avancer tranquillement, : « On parle de discontinuité et de rupture, de renouvellement dans la continuité et de continuité dans le changement… » ? Il est amusant de constater que l’on passe ainsi d’un sujet bien défini, le Pape, à un autre, le cardinal de Paris, sous-entendu par les conférences de Carême de Notre-Dame de Paris, pour finir à un « on » indéterminé ?

Sur ce sujet, le lecteur souhaiterait autre chose qu’un jeu subtil de mots et de phrases. La position de la Fraternité Saint-Pie X mérite d’être entendue et explicitée au-delà même de sa mouvance. Sa critique du Concile est utile et nécessaire. On aurait attendu d’elle autre chose face, par exemple, à l’herméneutique de Tradition que reflète la conférence de Mgr Pozzo présentée récemment sur ce blog. Ce texte mérite une vraie critique, de véritables « sed contra ». Pour l’heure, on a peu à se mettre sous la dent. Ennemond, qui monte en grade, pourrait peut-être le proposer comme thème de discussion dans certains cercles de rencontre. 

Publié dans Questions et analyses

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