La Commission romaine : le Père Charles Morerod

Publié le par Christophe Saint-Placide


Contrairement au Père Becker, le dominicain Charles Morerod, tout nouveau secrétaire de la Commission théologique internationale, doyen de la faculté de philosophie de l’Université Saint-Thomas d’Aquin, la célèbre « Angelicum » à Rome, rédacteur de l’édition française de la revue Nova et Vetera, la revue du cardinal Journet, n’est pas un inconnu des milieux traditionalistes. Il a ainsi participé à une réunion du Grec (Groupe de Rencontres entre catholiques) le 26 février 2008, dans les locaux de la paroisse parisienne de Saint-Philippe-du-Roule. Ce soir-là, devant un public attentif, il débattait avec l’abbé Grégoire Célier, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Thème de cette rencontre : « Réviser et/ou interpréter certains passages de Vatican II ? ».

Cette question est, au fond, au cœur des discussions actuelles entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X. À ce titre, elles dépassent de très loin le cas de la société de prêtres fondée par Monseigneur Lefebvre ainsi que celui de toutes les communautés, institutions, œuvres diverses qui s’y rattachent. C’est le bien commun de l’Église lui-même qui est en jeu, dans la mesure où il pourra peut-être se dégager de ces rencontres, au-delà de l’issue pratique pour la Fraternité Saint-Pie X, une clarification des points litigieux, obscurs ou difficilement compatibles de Vatican II avec la Tradition.

Selon l’abbé Claude Barthe, observateur très attentif, la rencontre du Grec entre le Père Morerod et l’abbé Célier avait abouti « à une très intéressante convergence », le Père Morerod expliquant qu’il lui paraissait :

« 1°) que la possibilité d’une réception de Vatican II “qui se fonderait très fortement sur l’état du Magistère antérieur” pourrait parfaitement avoir sa place dans l’Église, avec pour condition, lui semblait-il, que cette interprétation ne soit pas un rejet de Vatican II ;

2°) et que pouvait être admise la non-confession de certains points de Vatican II, avec “une certaine exigence de respect” de l’enseignement “officiel” de Vatican II. »

Évidemment, le Père Morerod parlait ici à titre privé, mais chacun savait qu’il ne se serait pas engagé de la sorte s’il n’avait pas eu une sorte d’autorisation tacite. Connus en France et à Rome, ses propos d’ailleurs ne l’ont nullement empêché de devenir quelques mois plus tard… secrétaire de la Commission théologique internationale.

En tous les cas, sa place, au sein de la commission romaine, s’explique aisément. On l’aura compris chacun des membres de cette commission possède en quelque sorte sa spécialité.

Celle du dominicain suisse ? Le dialogue œcuménique, l’un des points sensibles de la réception de Vatican II. Le Père Morerod est l’auteur d’une thèse de doctorat présentée à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg (Suisse), portant sur le maître général des Dominicains, commentateur de Thomas d’Aquin, Thomas de Vio dit Cajetan (1469-1534) et Luther : Cajetan et Luther en 1518 (deux tomes aux éditions universitaires de Fribourg).

Il a également  travaillé pour la Congrégation pour la Doctrine de la foi la question de l’anglicanisme. Le Père Morerod est considéré comme l'héritier des travaux du Père von Gunten, qui dirigea l'édition des archives du Saint-Office (1997) sur la question de la condamnation des Ordres anglicans par Léon XIII en 1896.

Il est encore l’auteur de Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme (Parole et silence, 2005) dans laquelle il avance la thèse que la différence entre catholiques et protestants n’est pas d’abord à rechercher dans la théologie mais dans la philosophie, à partir du différend entre scotistes et thomistes. Selon lui, le dogme rend donc possible l’œcuménisme. Il a également écrit sur le protestant libéral britannique John Hick, tenant du relativisme religieux : la philosophie des religions de John Hick, la continuité des principes philosophiques de la période “chrétienne orthodoxe” à la période pluraliste (Parole et silence, 2006). Notons encore, Œcuménisme et philosophie. Questions philosophiques pour renouveler le dialogue (Parole et silence, 2004).

Outre ses nombreux articles dans des revues spécialisées, notamment Nova et Vetera, le Père Morerod a également publié des articles dans l’Osservatore romano, dont Eucharisite et dialogue œcuménique, paru dans l’édition quotidienne (italien) et reproduit dans les éditions anglaise, française, espagnole et portugaise.

Encore jeune, il est licencié en théologie de l’Université de Fribourf (1987), docteur en théologie de la même université (1994), licencié en philosophie de l’Université de Fribourg et docteur en philosophie de l’Institut catholique de Toulouse.

On peut lire en ligne son article « Dogme et œcuménisme » paru dans Nova et vetera : ICI.

Publié dans Enquête et analyse

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